Les blogueurs paléo sont-ils des lanceurs d’alertes ?

C’est la question que je me posais récemment, même si le régime paléo gagne en popularité, il reste encore confidentiel. Si vous tapez « régime paléo » dans Google vous obtenez 83 400 résultats, comparé à « régime Dukan » 1 720 000 résultats, c’est ridicule !

Pourtant un changement de paradigme dans la science nutritionnelle est urgent, les maladies de civilisations progressent rapidement (obésité, maladies cardiovasculaires, allergies et intolérances…) Cette progression ne se limite pas seulement aux pays industrialisés, elle concerne également les pays émergents. Les modèles classiques semblent échoués à enrayer cette lame de fond. Une étude publiée en juillet 2012 par Bank Of America estime que 60% de la population européenne sera obèse en 2050 et que 51% des Américains le seront dés 2030. Le coût de cette population obèse aux états unis est estimé à 500 milliard de dollars en 2030.

Les coupables classiques que sont l’inactivité et l’excès de consommation de graisses, sont peut-être un peu trop montrés du doigt et s’il faillait revoir les bases de la nutrition humaine. Le régime paléo est totalement différent, il est surtout complètement différent des préconisations des autorités sanitaires de la plupart des pays.

Alors oui, les blogueurs paléo sont peut-être des lanceurs d’alertes (1) ou whistleblowers en anglais. Un lanceur d’alertes selon la définition de wikipédia désigne : « une personne ou un groupe qui croit avoir découvert des éléments qu’il considère comme menaçants pour l’homme, pour la société ou l’environnement et qui décide de les porter à la connaissance d’instances officielles, d’associations ou de médias, parfois contre l’avis de sa hiérarchie, et parfois sans véritable fondement. À la différence du délateur, le lanceur d’alerte croit ne pas être dans une logique d’accusation visant quelqu’un en particulier mais prétend divulguer un état de fait, une menace dommageable pour ce qu’il estime être le bien commun, l’intérêt public. »

Et si le modèle nutritionnel dominant était mauvais, qu’au lieu d’aider les gens à maigrir ou à rester en bonne santé, il les rendait obèse. Et si la qualité des aliments que nous ingérons était devenue tellement mauvaise qu’elle favorise les cancers.

Les blogueurs paléo participent du changement de paradigme sur la nutrition. Ce changement sera long, car la science à besoin de temps pour confirmer ou infirmer par des centaines d’études l’hypothèse paléo. Le problème c’est que l’industrie agroalimentaire n’a aucun intérêt à financer ce type d’étude qui remettrait totalement en cause son « business model », de plus les moyens de la recherche publique sont faibles. Certains blogueurs font déjà les frais de cette opinion qui dérange. Sur son blog John Durant parle du blogueur Steeve Cooksey (2) qui est poursuivi par L’État de Caroline du Nord car il est accusé de donner des conseils médicaux sans licence sur son blog. Steeve Cooksey est un ancien diabétique qui a amélioré sa santé avec le régime paléo et il a crée blog pour partager cette expérience.

Ma conviction c’est que la façon d’aborder la nutrition en général et telle qu’elle est enseignée dans les facultés aujourd’hui n’est pas assez transdisciplinaire. L’avenir est à une façon de voir la nutrition qui mêle plusieurs champs : la génétique, les sciences de l’évolution, biochimie, l’anthropologie…

Pour conclure, je pense effectivement que les blogueurs paléo sont des lanceurs d’alertes, car ils questionnent la façon « moderne » de se nourrir en proposant une alternative à une nourriture qui rend des millions de gens malades.

Pour ceux qui ne sauraient pas encore ce qu’est le régime paléo, vous pouvez regarder cette vidéo. Pour lire d’autres blogueurs paléo, voir les liens en bas de page sur le blog , j’ai regroupé les blogs paléo que je trouve intéressants dans trois langues : anglais, français et allemand.

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Lanceur_d’alerte

(2) http://hunter-gatherer.com/blog/institute-justice-takes-case-paleo-blogger-files-suit

By | 2016-10-19T20:28:31+00:00 juillet 26th, 2012|Nutrition|2 Comments

2 Comments

  1. Soasic 4 octobre 2012 at 06:08

    Je peux donner quelques pistes pour favoriser le message, et pour voir pourquoi il progresse lentement (le régime végétarien progresse aussi !). Il faut pour cela être encore plus transdisciplinaire, entre autre avec l’archéologie et l’anthropologie…

    Il y a grosso modo 2 problèmes :
    – Tout d’abord, il est pour l’instant impossible que tout le monde adopte ce régime, car il nous manque …une population paléo ! Nous sommes trop nombreux au m2 pour pouvoir tous consommer de la viande d’animaux élevés au pré ou sauvages.
    Le régime paléo, et une meilleure vie sociale, sont liés à un contrôle volontaire de la natalité. C’est l’inverse du régime végétarien, qui parle de solution pour nourrir tout le monde, mais qui permet d’augmenter encore la population.

    Est-ce assez connu aussi que le passage à l’agriculture avait fait diminuer l’espérance de vie ? Il y a des preuves archéologiques pour cela.

    – Il faut aussi identifier un mythe qui semble anodin, datant du romantisme du XIXè siècle, celui du chasseur-cueilleur ou du bon sauvage, celui de la nature vierge sans trace de l’homme ! Ce concept n’aurait jamais existé sans l’homme citadin souhaitant se reposer.

    Entre le chasseur cueilleur et l’agriculteur, il y a soi-disant une période courte de transition, que neni! C’est une longue période ! L’homme a été majoritairement non un être voyageant au hasard et récoltant, mais le jardinier d’un immense jardin dans lequel il voyageait par saison.
    Quand les Européens sont arrivés par exemple en Amérique, ils ont cru à une nature vierge, alors qu’elle était cultivée de façon presque invisible. La nature s’est dégradée avec la disparition de l’entretien qui était effectué. La forêt vierge amazonienne était aussi « cultivée ». Dans tous les cas, le but était d’augmenter et privilégier les plantes comestibles, médicinales et utiles, et de bénéficier aussi aux animaux les consommant.

    Attention donc, aux arguments du chasseur cueilleur, car ils font appel à une légende de nomade non organisé. On ne peut faire passer le message correctement sans faire savoir que la nature qui semble vierge ne l’est pas là où il y a des personnes qui entretiennent et récoltent ! Mon chiffre ne sera pas exact, mais il faut estimer que la population doit être d’une personne au km2 pour vivre de végétaux sains et d’animaux qui ont aussi le droit de manger sainement, tout ceci sans compromettre que cela reste possible dans l’avenir. Cela implique donc un travail de tous pour la régénération de l’environnement, et ceci sans passer par la création de parcs vierges excluant l’entretien par l’homme ! Au lieu de cultiver en puisant sur les ressources et en excluant les animaux, et au lieu d’un autre côté de penser que la nature pour exister doit vivre sans trace de l’homme, il y a un profond changement consistant à de nouveau faire partie de la nature. Un randonneur qui se ressource et « fait partie de la nature », ne le fait en fait qu’émotionnellement, ce qui n’est qu’un premier pas !

    Voici aussi un argument en faveur de ce mode de vie qui consiste à entretenir la nature (c’est le jardin d’éden en fait), en faveur de la consommation de produits animaux, et en faveur de l’auto-régulation des naissances.

    Si nous étions herbivores/granivores, nous aurions un prédateur pour contrôler notre population ! Les carnivores ont leur population contrôlée par la nourriture disponible. C’est notre cas, mais nous avons repoussé ces limites par l’agriculture moderne.

    Le régime paléo doit aller bien plus loin qu’un régime et un mode de vie personnel…

    Il faut chercher quelles sont les conditions pour que toute personne puisse vivre ainsi sur terre, et que les animaux puissent aussi y vivre. Sinon nous allons transformer la terre en île de Pâques. Sans aller si loin, la Grèce a été un pays vert et prospère. De même, on disait il y a quelques siècle que l’Espagne était une contrée où un écureuil pouvait aller de la Méditerranée à l’Atlantique d’arbre en arbre et sans poser une patte à terre ! Et cherchez où se situe le « triangle fertile », ancien foyer de l’agriculture vous serez surpris…

    Pour les paléo diéteurs citadins, je rajoute juste que la ville est un sous-produit de l’agriculture. A quand les petites villes permettant un mi-temps d’entretien de la nature et de cueillette, avec un mi-temps de travail dans les autres secteurs ?

  2. Antoine 8 décembre 2012 at 20:01

    Oui, la culture alimentaire dominante est un échec total.

    Sinon, je me souviens que la première fois que j’ai entendu parler du régime paléolithique, c’était au début des années 2000 et à l’époque il n’y avait qu’une poignée de sites, avec un design misérable, la page la plus fournie en anglais si ma mémoire est bonne était juste un long texte en petits caractères sur fond blanc, et la page wikipedia tenait en quelques lignes mais je crois qu’elle est venue plus tard. On avait l’impression d’une tendance ultra marginale réservée à quelques farfelus sectaires. Aucun blog évidemment. Radio « Ici et maintenant », bastion des contre-cultures sur le bien-être, avait un peu évoqué le sujet…

    Je suis retourné sur le sujet cette année au hasard d’un blog, « Dur à avaler », et là en tapant paleo sur google, j’ai constaté l’explosion, particulièrement sur la blogosphère anglophone. Quand on pense que le concept date de 1975…

    @Soasic
    Je suis content de voir que quelqu’un fait l’effort d’inscrire le sujet du régime paléo dans une réflexion plus vaste sur sa viabilité écologique. C’est absolument VITAL ! Je suis d’ailleurs assez d’accord avec tout ce que tu dis ici.

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