Hypersensibilité au gluten et si ce n’était pas le gluten ?

champs de blé

Le rôle critique que joue le gluten du blé dans la maladie coeliaque est bien connu, mais on ne sait pas encore bien si d’autres composants du blé pourraient entraîner des effets indésirables sur la santé. La sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC), aussi appelée plus communément hypersensibilité au gluten est de plus en plus acceptée par les cliniciens, mais en réalité, il n’a pas été prouvé, si cette sensibilité est vraiment un effet du gluten, ou si elle est causée par d’autres substances contenues dans le blé.

Des nouvelles pistes

Des recherches récentes (1) (3) vont dans ce sens et mettent un nouveau candidat sur le banc des accusés. Ces travaux ont étudié des protéines du blé appelées en anglais  “amylase-trypsin inhibitors” (ATI), ils agissent comme des pesticides naturels. Les chercheurs ont constaté que les ATI déclenchent des réponses immunitaires «innées» qui sont semblables à celles causées par le gluten. Il est possible que la consommation des ATI puisse être importante dans les premiers stades de la maladie coeliaque. En outre, puisque les ATI provoquent une réponse immunitaire dans les tissus intestinaux des non-coeliaques, il est concevable que les ATI puisse également être le coupable dans la sensibilité au gluten non-coeliaque.

La sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC), un sujet encore polémique en France !

L’hypersensibilité au gluten est une thématique sur laquelle j’aime bien écrire, car il règne une grande confusion et il y a beaucoup de désinformation dans ce domaine, principalement parce que beaucoup de médecins ne connaissent ou ne reconnaissent pas la sensibilité au gluten non cœliaque. On ne peut pas vraiment leur en vouloir, car aujourd’hui il n’existe pas de biomarqueur pour diagnostiquer à 100 % l’hypersensibilité au gluten. Vous ne pouvez pas rentrer dans un laboratoire d’analyse, faire une prise de sang et dire je suis atteint de SGNC.

Néanmoins, je ne comprends pas certaines déclarations que l’on peut lire dans la presse grand public. Par exemple celle du professeur Christophe Cellier, gastro-entérologue à l’hôpital européen Georges-Pompidou, à Paris (2) : « pour les patients présentant une hypersensibilité au gluten, il n’y a pas de réel danger à consommer du gluten ou à faire des erreurs de régime sans gluten, il en va autrement pour les malades cœliaques. ». Perso, je ne peux pas au vu de l’avancement de la recherche être aussi sûr que lui.

D’où vient la sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC)

L’origine de cette maladie n’est pas encore connue. Une théorie pour expliquer la sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC) est qu’elle proviendrait d’une réponse immunitaire « innée » au gluten, la seule différence avec les coeliaques est que les personnes atteintes de la SGNC, ne vont pas jusqu’à développer la maladie coeliaque à part entière qui implique encore d’autres types de réactions immunitaires.

Le problème majeur de la recherche sur la SGNC jusqu’à présent

Il faut noter que la plupart des recherches préliminaires sur la sensibilité au gluten non-coeliaque a impliqué de mettre les gens sur un régime sans gluten et de surveiller leurs symptômes. Le problème est que ces régimes ne sont pas vraiment spécifiques pour le gluten, mais ils sont simplement sans blé. Ainsi, la question reste encore ouverte, si cette condition est vraiment causée par le gluten du blé ou encore une autre fraction du blé. Dans ce cas, il serait plus juste d’appelé la SGNC :. «sensibilité au blé d’origine inconnue ». C’est pourquoi on peut légitimement se tourner vers d’autres composants dans le blé comme les ATI évoqués précédemment.

Les pesticides naturels sont fréquents dans les plantes.

Nous avons tendance à voir les pesticides comme étant des produits chimiques que nous appliquons aux cultures pour les protéger des insectes et des maladies. En réalité, il y a des millions d’années, les plantes ont développé un large éventail de mécanismes de défense pour éviter d’être mangées par des insectes ou des animaux, ou pour contrecarrer les attaques de champignons et d’autres maladies. Cela est particulièrement vrai pour la protection des graines, car elles sont essentielles pour la propagation de l’espèce.C’est un des concepts clés du paléo qui justifie l’éviction de certains aliments, ces substances sont aussi qualifiées d’antinutriments.

Exemple 1 : les irritants

Bon nombre de ces pesticides naturels sont également désagréables pour les humains, un élément clé de la sélection végétale au cours des mille dernières années a été de réduire la quantité de ces irritants, pour rendre ces aliments plus sûrs et plus agréables au goût. Un exemple simple est les niveaux élevés d’irritants dans des aliments tels que les oignons ou les piments, qui provoquent une sensation de brûlure lorsqu’on les consomme.

Exemple 2 : les inhibiteurs d’enzymes.

En plus des irritants, les plantes produisent une large gamme de différents pesticides biologiques qui empêchent les graines d’être digérées par des organismes nuisibles. Par exemple, il y a une grande famille de protéines appelées «inhibiteurs de la trypsine-amylase» évoqués dans cet article (abrégés en anglais ATI ). Les ATI sont des protéines qui bloquent les enzymes qui sont normalement utilisées pour digérer l’amidon (amylase) et de protéines (trypsine) dans les aliments, et ils sont toxiques pour de nombreux insectes et autres nuisibles. Beaucoup de graines, y compris le blé, contiennent une large gamme d’inhibiteurs d’enzymes, tels que les ATI.

Nos variétés de blés auraient aggravé le phénomène

Le professeur allemand Detlef Schuppan , dont l’équipe de recherche a découvert le rôle des ATI , a souligné que les cultures de blé modernes sont élevées pour avoir une teneur élevée ATI et que cela aurait pu jouer un rôle dans l’apparition et l’évolution des troubles tels que la maladie coeliaque et la sensibilité au gluten. Pour le dire autrement, nous aurions peut-être nous-mêmes « creusé notre tombe », en sélectionnant des variétés de blés de plus en plus résistantes aux insectes et aux maladies, tellement résistantes qu’elles auraient favorisé l’apparition de problèmes de santé chez une partie de la population humaine.

Conclusion et implications

Cette recherche en est encore à ses débuts et beaucoup de travail est encore nécessaire pour déterminer s’il y a une relation de cause à effet entre les ATI et la santé intestinale humaine. Toutefois, on peut se risquer à quelques implications potentielles de ces recherches préliminaires:

  • Alors que la plupart des gens peuvent manger du blé sans aucun symptôme, la sensibilité au gluten non cœliaque trouvée chez certaines personnes pourrait effectivement être causée par les ATI plutôt que le gluten.
  •  Ces études récentes confirment des recherches antérieures suggérant que toute la population pourrait avoir un certain niveau de réaction au blé, et pas seulement les coeliaques.
  • Il est possible que la stimulation du système immunitaire « inné » par les ATI puisse être à l’origine d’un déclenchement précoce de la maladie coeliaque. Si cette hypothèse est vraie, alors elle ouvre la possibilité d’un ensemble complètement différent d’approches pour prévenir ou traiter la maladie coeliaque, en complément de l’accent mis actuellement sur le gluten.
  • À long terme, il pourrait être possible d’élever des variétés de blé qui ont un contenu réduit en ATI, et donc pourraient être plus sûres.
  • L’incidence de la présence d’ATI dans une variété de graines autres que le blé n’est pas connue. Toutefois, il est concevable qu’il existe des effets similaires, même dans des céréales dites « sans gluten ».

Pour conclure, cet article reste hautement spéculatif, mais il montre à quel point les choses peuvent être complexes,je dirais que ces nouvelles avancées sont très prometteuses dans l’amélioration de nos connaissances sur l’origine et le traitement des maladies liées à la consommation du blé moderne. J’invite ceux qui disent que le blé moderne ne pose pas de problème à un peu plus de prudence.

Sources :

(1) Junker, Y, et al. « Wheat amylase trypsin inhibitors drive intestinal inflammation via activation of toll-like receptor 4 » http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/23209313 J. Exp. Med 2012, Dec. 3.

(2) Le Point – « Le régime sans gluten doit être réservé aux malades » 18 mai 2015
http://www.lepoint.fr/editos-du-point/anne-jeanblanc/le-regime-sans-gluten-doit-etre-reserve-aux-malades-18-05-2015-1929227_57.php

(3) Schuppan D., Zevallos V. « Wheat amylase trypsin inhibitors as nutritional activators of innate immunity »
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/25925932 Dig Dis. 2015

By | 2016-10-19T20:28:25+00:00 mai 27th, 2015|Nutrition|4 Comments

4 Comments

  1. Sylvain 27 mai 2015 at 14:04

    Chouette article ! Je partage.

    • Jean-Lou 27 mai 2015 at 17:17

      Merci Sylvain, je sais que tu relais régulièrement certains des mes articles, je n’ai pas toujours l’occasion de te remercier.

      J’ai écrit cet article pour toutes les personnes qui souffrent de SGNC, qu’ils se rassurent cette pathologie existe, ils ne sont pas fous, mais effectivement elle n’est pas facile à diagnostiquer. La recherche avance mais il faudra encore du temps.

      En attendant si le « sans gluten / sans blé » vous fait du bien je ne vois pas de raison de ne pas continuer.

  2. Isabelle 29 mai 2015 at 09:05

    merci pour l’article
    Je pourrais être dans ce cas ….mais suis pas sûre d’avoir tout compris
    Peut on avoir plus dinfos

    • Jean-Lou 31 mai 2015 at 12:46

      Je pense que je vais réaliser une vidéo additionnelle prochainement, car le sujet est complexe.
      Ce qu’il faut retenir c’est que les personnes atteintes de SGNC doivent manger un régime sans blé, le régime paléo convient tout à fait.

      Concernant le diagnostic de la SGNC, il se fait aujourd’hui par défaut, car il n’existe pas de biomarqueur, c’est à dire vous n’êtes pas coeliaque, ni allergique au blé et que vous avez des symptômes quand vous mangez des produits à base de blé alors vous êtes peut être atteint de SGNC.

      Pour terminer, il semble que la fréquence de la SGNC (5 à 6 % de la population, c’est une estimation il n’y pas de consensus sur la question pour l’instant) est plus importante de la maladie coeliaque (1 % de la population).

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