La stévia, une alternative au sucre ?

"Stevia-rebaudiana-total" by Sten Porse - Own photo, taken in Jutland

« Stevia-rebaudiana-total » by Sten Porse – Own photo, taken in Jutland

Dans quelques mois Coca-Cola va lancer une version de son Coca-Cola au Stevia en France (1), comme son concurrent Pepsi, qui avait lancé le Pepsi NEXT deux ans auparavant. L’aspartame est de plus en plus critiqué et les fabricants de soda vendent moins de leurs produits lights à base d’édulcorants artificiels. Le consommateur se méfie des édulcorants artificiels et il a raison.

C’est la raison de la montée en puissance du stévia, un édulcorant naturel. Il s’agit d’une plante utilisée depuis des siècles par les Indiens Guarani d’Amérique du Sud, ses propriétés sucrantes ont été étudiées à  la fin du 19ème siècle par le scientifique Moises Santiago Bertoni qui a donné le nom scientifique complet à la plante : « Stevia Rebaudiana Bertoni ». Voilà pour le storytelling.

Sur le plan marketing, on appelle cela le « greenwashing » en français écoblanchiment, ou verdissage. Quand votre produit devient suspect, il faut le rendre plus acceptable plus naturel, moins polluant et éthique. Une technique bien connue des vendeurs de voitures et de lessives. D’ailleurs la nouvelle étiquette du soda est verte et le nouveau produit s’appellera coca-cola « Life », ça ne s’invente pas.

Alors qu’en est il vraiment de la stévia est-elle une alternative au sucre de table et aux édulcorants artificiels. Est-ce que la stévia est bonne pour la santé ?

La stévia sous toutes ces formes

Le pouvoir sucrant de la plante de Stevia peut être attribué à des composants présents naturellement dans ses feuilles : les steviols glycosides dont le rébaudioside A.

Vous trouverez la plante sous différentes formes  :

– Sa forme originelle de feuilles séchées réduite en poudre. Elle ressemble alors à une poudre verte, son pouvoir édulcorant est de 10 à 15 % plus élevé que le sucre.

– L’autre forme c’est son extrait normalisé (aux moins 90 % de steviosides), il a la forme d’une poudre blanche soluble dans l’eau. Toutes les formes industrielles sont à base de la forme normalisée. Il est très difficile de travailler la stévia brute à échelle industrielle, car dans la plante brute la teneur en steviosides peut varier de 10 à 30 % selon le cultivateur. Le pouvoir sucrant de cette forme normalisée est de 100 à 300 fois supérieur au sucre raffiné.

Goût  et usages

La feuille a un arrière-goût un peu amer, qui peut rappeler celui de la réglisse, c’est pourquoi vous trouverez rarement l’extrait de stévia seul dans un produit, il y aura souvent du sucre blanc ou du fructose pour masquer ce goût. C’est également pourquoi les nouveaux sodas que vous voyez arriver sur le marché ne sont pas « zéro calorie », même si la stévia est neutre d’un point de vue calorie.

Comme édulcorant la stévia peut être utilisée universellement. Un surdosage peut toutefois, conduire à un goût amer. La stévia est très stable à la chaleur, elle peut être utilisé pour la cuisson, mais les volumes a utilisé par rapport à du sucre sont très faible, il n’est pas évident d’adapter les recettes.

Les études sur la Stevia

Il existe des études qui attribuent aux steviosides du stévia des propriétés de réduction de la tension artérielle et d’abaisser le glucose sanguin. Ce qui peut être intéressant si vous avez de la tension ou si vous êtes diabétique, mais également problématique si ses effets se cumulent avec vos traitements médicamenteux.

Selon certains botanistes, le stévia serait considéré à fortes doses comme une plante abortive (2)(3), donc prudence pour les femmes enceintes. Dans une étude réalisée en 1968 et publiée dans le magazine « Science » la prise d’une décoction de la plante chez la femelle du rat avait déjà montré des propriétés contraceptives (4), cet effet avait persisté jusqu’à 60 jours après la prise sans affecter la santé des rats.

 

Pour conclure

A ce stade ce que l’on peut dire, c’est que la forme normalisé du stévia a été autorisé (rebausiode A) par plusieurs autorités sanitaires (AFSA, EFSA, USDA…) c’est à dire apte à la commercialisation . Personnellement je ne suis pas très emballé ni par le goût ni par les études qui m’ont l’air un peu contradictoires. En ce qui me concerne je vais laisser la stévia sur l’étagère du supermarché et vous ?

Sources :
(1) Un Coca-Cola à la stévia bientôt lancé en France – Figaro

http://www.lefigaro.fr/societes/2014/10/07/20005-20141007ARTFIG00135-un-coca-cola-a-la-stevia-bientot-lance-en-france.php

(2). Duke J. Dr. Duke’s Phytochemical and Ethnobotanical Databases : Ethnobotanical uses : Stevia rebaudiana. Genetic Resources Web Server, USDA, ARS,. 1994.

(3). Schvartzman JB, Krimer DB, et al. Cytological effects of some medicinal plants used in the control of fertility. Experientia. 1977 May 15;33(5):663-5.

(4) Science. 1968 Nov 29;162(3857):1007. – Contraceptive Properties of Stevia rebaudiana. Planas GM, Kucacute J.

Crédits photos

« Stevia-rebaudiana-total » by Sten Porse – Own photo, taken in Jutland

By | 2016-10-19T20:28:26+00:00 novembre 10th, 2014|Nutrition|4 Comments

4 Comments

  1. ghislaine michaux 10 novembre 2014 at 15:59

    et que pensez-vous du XYLITOL, sucre de bouleau ??
    Pour ma part je n’aime pas le goût de la stévia, mais aime bien le sucre de bouleau, en plus très facile à utiliser…

    • Jean-Lou 11 novembre 2014 at 10:07

      Je n’utilise pas le xylitol et je n’ai pas étudié la question. Tout ce que je sais c’est que consommé en grande quantité il a effet laxatif d’où la mise en garde sur les paquets de chewing gum. Il a un effet certain dans la lutte contre les caries, mais il semble également interagir avec la flore intestinale

      Si vous voulez une étude complète vous pouvez jetez un coup d’oeil sur cet article en anglais de Chris Kresser, http://chriskresser.com/are-xylitol-sorbitol-and-other-sugar-alcohols-safe-replacements-for-sugar.

      En matière de sucre, je préfère consommer du vrai sucre en petite quantité et rarement : par exemple
      du miel, du sirop d’érable. Le miel est particulièrement intéressant car il ne contient pas que du sucre, mais également d’autres composés comme des  enzymes, des acides aminés, des oligo-éléments, acides organiques et quelques vitamines.

  2. Guillaume de Maigrir Vite et Bien 11 novembre 2014 at 11:22

    Salut Jean-Lou,

    Je te trouve sévère avec la stévia sur le coup.
    Les références [2], [3] et [4] que tu cites sont un peu anciennes (j’arrive pas à trouver les rapports d’ailleurs).
    Dans un rapport de l’OMS plus récent (http://whqlibdoc.who.int/publications/2006/9241660546_eng.pdf?ua=1) ils ont conclu qu’il n’y a pas d’effet négatifs sur le cancer et la reproduction.

    Il fixe une limite max de 2mg par kilo de la personne, soit 140mg pour une personne de 70 kilos. Et encore cette limite a été fixée avec un facteur de sécurité de 200 !
    Sachant que les petites dosettes de stévia correspondent à 45mg il y a de la marge 🙂

    Perso j’utilise xylitol, stévia et miel pour mes thés, cafés ou recettes.

    A+

  3. Jean-Lou 11 novembre 2014 at 18:02

    Salut Guillaume,

    Je ne pense pas avoir été sévère avec la stevia, surtout il faut prendre en compte qu’il s’agit d’extrait purifié donc beaucoup plus puissant que ce qui se trouve à l’état naturel dans la plante.

    Après quand on parle de toxicologie d’un produit, il s’agit de modèle très théorique basé sur des tests sur des rats, des cochons d’Inde, des lapins. Après on opère une extrapolation en disant que 300 à 400 rats équivalent un humain par exemple, je te laisse imaginer les marges d’erreur de ce genre de modèle, mais actuellement on ne sait pas faire mieux.

    Ces tests sont très couteux c’est pourquoi ils sont souvent partiels, pour un additif alimentaire on recherche souvent s’il est carcinogène, mais pas s’il est neurotoxique.

    Si on fixe une limite, c’est bien qu’il a un effet au-delà d’un seuil, le problème c’est de contrôler sa consommation. Pour un adulte je veux bien, mais imagine un parent qui donne du coca au stevia à son enfant de 8 ans qui pèse 25 kilos dans ce cas les doses limites seront dépassées beaucoup plus facilement. C’était le même problème avec l’aspartame.

    (pour les études tu peux en trouver une partie sur http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed)

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